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Le séquestre du prix dans une cession de fonds de commerce

Par Maître Martin Estanove6 min de lecture

La cession d'un fonds de commerce présente une particularité que ne connaissent pas les ventes ordinaires : le prix payé par l'acquéreur n'est pas immédiatement remis au vendeur. Il est conservé par un tiers séquestre pendant plusieurs mois, le temps que les droits des créanciers et de l'administration soient purgés. Comprendre ce mécanisme évite bien des malentendus entre les parties.

Pourquoi le prix est-il indisponible ?

Le législateur protège les créanciers du vendeur. Lorsqu'un commerçant cède son fonds, ses créanciers pourraient se retrouver démunis si le prix leur échappait. Deux séries de règles organisent donc une période d'indisponibilité du prix.

D'une part, la cession fait l'objet d'une publicité légale : publication dans un support d'annonces légales puis au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC). À compter de cette publication, les créanciers du vendeur disposent d'un délai de dix jours pour former opposition sur le prix (article L.141-14 du Code de commerce). Tant que ces oppositions ne sont pas purgées, le prix ne peut être versé au vendeur.

D'autre part, l'acquéreur est tenu solidairement au paiement de certains impôts dus par le vendeur. Cette solidarité fiscale rend le prix indisponible pendant un délai qui court à compter du dépôt de la déclaration de résultat. L'acquéreur qui remettrait le prix trop tôt s'exposerait à devoir le payer une seconde fois à l'administration.

Le risque de payer deux fois

L'enjeu est concret. Si l'acquéreur réglait directement le vendeur et que ce dernier disparaissait sans désintéresser ses créanciers ou l'administration, l'acquéreur pourrait être contraint de payer une nouvelle fois, entre les mains des créanciers opposants ou du Trésor. Le séquestre du prix supprime ce risque : les fonds sont bloqués et ne seront libérés qu'une fois les droits de chacun réglés.

Le rôle du tiers séquestre

Le prix est confié à un tiers de confiance — un avocat, par exemple — qui le conserve sur un compte dédié. Ce tiers ne libère les fonds qu'après avoir vérifié que le délai d'opposition est expiré, que les éventuelles oppositions ont été traitées et que les délais de solidarité fiscale sont écoulés. Le solde, après désintéressement des créanciers opposants, revient alors au vendeur.

Confier ce séquestre à un avocat présente des garanties spécifiques. Les fonds transitent par le compte CARPA (Caisse des Règlements Pécuniaires des Avocats), qui contrôle chaque mouvement et isole les sommes sur un sous-compte propre au dossier. L'avocat est en outre tenu au secret professionnel et à une déontologie stricte.

Combien de temps dure le séquestre du prix ?

En pratique, la période d'indisponibilité du prix s'étend généralement sur trois à cinq mois. Cette durée résulte de la combinaison de plusieurs délais : le délai d'opposition des créanciers ouvert par la publication au BODACC, la purge des inscriptions de privilèges et de nantissements grevant le fonds de commerce, et le délai de solidarité fiscale de l'acquéreur. Tant que ces délais courent, le tiers séquestre conserve les fonds.

Les étapes du séquestre lors d'une cession de fonds de commerce

Le séquestre du prix suit un déroulé précis, du versement des fonds par l'acquéreur jusqu'à leur remise finale au vendeur :

  • Signature de l'acte de cession et versement du prix entre les mains du tiers séquestre, qui le dépose sur le compte CARPA dédié au dossier ;
  • Accomplissement des formalités de publicité : enregistrement de l'acte, puis publication dans un support d'annonces légales et au BODACC ;
  • Écoulement du délai d'opposition des créanciers (dix jours à compter de la publication au BODACC) et traitement des éventuelles oppositions ;
  • Purge des inscriptions de privilèges et de nantissements grevant le fonds ;
  • Expiration du délai de solidarité fiscale, une fois la déclaration de résultats du vendeur déposée ;
  • Libération du solde du prix au vendeur, après désintéressement des créanciers opposants.

L'importance de la convention de séquestre

Le séquestre du prix repose sur une convention de séquestre, distincte de l'acte de cession, qui définit la mission du tiers séquestre et fixe précisément les conditions de libération des fonds. C'est ce document qui détermine à quel moment et sous quelles conditions le prix pourra être remis au vendeur. Une rédaction soignée, adaptée à la nature de l'opération, prévient les blocages et les contestations entre les parties.

Vous préparez une cession de fonds de commerce ? Fidens met en place le séquestre du prix sur un compte CARPA et sécurise l'opération, de la réception des fonds jusqu'à leur libération.

Questions fréquentes

Le séquestre du prix d'un fonds de commerce est-il obligatoire ?+

Il n'est pas imposé par un texte unique, mais il est en pratique indispensable. Le prix étant rendu indisponible par le droit d'opposition des créanciers et la solidarité fiscale de l'acquéreur, remettre directement le prix au vendeur exposerait l'acquéreur à devoir le payer une seconde fois. Le séquestre supprime ce risque.

Qui paie les honoraires du tiers séquestre ?+

La répartition est fixée par la convention. En pratique, les honoraires du séquestre sont souvent supportés par le vendeur, ou partagés entre les parties, selon ce qui est convenu au moment de la cession.

Que se passe-t-il si un créancier forme opposition ?+

L'opposition rend le prix indisponible à hauteur de la créance déclarée. Le tiers séquestre conserve les fonds jusqu'à la levée de l'opposition, obtenue soit par accord avec le créancier, soit par décision de justice (cantonnement ou mainlevée). Le solde est ensuite libéré au vendeur.

Une opération à sécuriser ?

Fidens met en place le séquestre du prix sur un compte CARPA, sous la responsabilité d'un avocat.