L'essentiel
- Entre particuliers, seule la garantie des vices cachés du Code civil s'applique : ni garantie de conformité, ni présomption en faveur de l'acheteur.
- L'acheteur doit tout prouver : le défaut, son caractère caché, son antériorité et sa gravité. Sans expertise, le dossier ne tient pas.
- La clause « vendu en l'état » est valable, sauf si le vendeur connaissait le vice.
- Le vendeur de bonne foi ne rend que le prix et les frais ; celui de mauvaise foi doit en plus réparer tout le préjudice.
- Sur une voiture de prestige, tout se joue avant la vente : inspection, déclarations écrites, prix séquestré.
Une seule garantie : celle du Code civil
La garantie légale de conformité du Code de la consommation ne joue que lorsque le vendeur est un professionnel et l'acheteur un consommateur. Entre deux particuliers, l'acheteur ne peut invoquer que la garantie des vices cachés (articles 1641 et suivants du Code civil). Elle suppose un défaut caché, antérieur à la vente et suffisamment grave pour rendre la voiture impropre à son usage, ou en diminuer tellement l'usage que l'acheteur ne l'aurait pas achetée, ou à un prix moindre.
Le marché de la voiture de prestige compte aussi des vendeurs qui se présentent comme particuliers mais achètent et revendent régulièrement. Si l'activité est habituelle, le vendeur peut être qualifié de professionnel, avec les obligations qui vont avec : un point à vérifier avant d'acheter, et à faire valoir en cas de litige.
La preuve repose entièrement sur l'acheteur
Chez un professionnel, un défaut apparu dans les douze mois de la livraison d'un véhicule d'occasion est présumé exister dès l'origine. Entre particuliers, rien de tel : l'acheteur doit démontrer que le défaut existait au jour de la vente, au moins en germe, qu'il n'était pas décelable par un examen normal (article 1642 du Code civil), et qu'il est grave. Un bruit audible pendant l'essai ou une rayure visible ne sont pas des vices cachés ; une fissure interne, un calculateur défaillant ou une corrosion sous les protections peuvent l'être.
C'est pourquoi l'expertise est le pivot de tout dossier. Elle doit être contradictoire : le vendeur est convoqué par lettre recommandée pour y assister ou s'y faire représenter. À défaut d'accord, le juge peut ordonner une expertise avant tout procès (article 145 du Code de procédure civile). Et d'ici là, pas de réparation : elle effacerait la preuve.
La clause « vendu en l'état » : un bouclier percé
Entre particuliers, le vendeur peut stipuler qu'il ne donne aucune garantie, mais seulement s'il ignorait le vice (article 1643 du Code civil). S'il le connaissait et l'a tu, la clause est sans effet. C'est à l'acheteur de prouver cette connaissance : factures de réparation antérieures, devis refusés, échanges avec un garage, messages, historique d'entretien, voire un ancien contrôle technique qui signalait déjà le défaut.
Pour une voiture de collection, la question se pose souvent sous un autre angle : l'authenticité. Un moteur remplacé, un châssis refait ou des numéros qui ne concordent pas ne sont pas toujours des vices au sens strict, mais peuvent caractériser un défaut de conformité à ce qui était promis, ou une tromperie si le vendeur a menti.
Ce que l'acheteur peut obtenir
- Rendre la voiture et se faire restituer le prix, ou la garder et obtenir une réduction de prix (article 1644 du Code civil).
- Face à un vendeur de bonne foi : le prix et les frais occasionnés par la vente, sans plus (article 1646 du Code civil).
- Face à un vendeur qui connaissait le vice : en plus, tous les dommages et intérêts, réparations, remorquage, location d'un véhicule, préjudice de jouissance (article 1645 du Code civil).
- L'acheteur ne peut pas exiger que le vendeur particulier répare la voiture : la réparation ou le remplacement relèvent de la garantie de conformité, réservée aux ventes par un professionnel.
Le calendrier à tenir
L'acheteur a deux ans à compter de la découverte du vice pour agir (article 1648 du Code civil), dans la limite de vingt ans après la vente (article 2232 du Code civil). Une expertise ordonnée par le juge suspend le délai. Dans les faits, mieux vaut ne pas attendre : une lettre recommandée au vendeur dans les jours qui suivent la panne, puis l'expertise contradictoire, puis, faute d'accord, l'action en justice.
Avant d'acheter : trois réflexes qui évitent le procès
- Faire inspecter la voiture par un expert indépendant, et pour une voiture de collection vérifier les numéros et les documents d'authenticité.
- Obtenir par écrit les déclarations du vendeur : accidents, restaurations, pièces remplacées, défauts connus. Ce qui est écrit ne pourra plus être nié, et rend la mauvaise foi plus facile à établir.
- Ne pas payer à la remise des clés sans garantie : faire séquestrer le prix.
Avec un séquestre, l'acheteur, partie séquestrante, verse le prix sur un compte CARPA ; le vendeur, partie bénéficiaire, sait que l'argent existe. Les fonds ne sont libérés qu'à la réalisation des conditions suspensives fixées dans la convention : inspection favorable, remise de la carte grise barrée, du certificat de situation administrative et du code de cession. Les parties peuvent aussi garder une fraction du prix sous séquestre quelques semaines après la livraison. Pour le déroulé complet d'une vente, voir notre guide de la vente d'une voiture de luxe entre particuliers et notre article sur les vices cachés et la reprise d'une voiture de luxe.
Questions fréquentes
Quelle garantie s'applique à une voiture achetée à un particulier ?+
Seule la garantie des vices cachés du Code civil (articles 1641 et suivants). La garantie légale de conformité du Code de la consommation ne s'applique qu'aux ventes d'un professionnel à un consommateur.
Qui doit prouver le vice caché ?+
L'acheteur, intégralement : l'existence du défaut, son caractère caché, son antériorité à la vente et sa gravité. Une expertise contradictoire est pratiquement indispensable.
La clause « vendu en l'état » empêche-t-elle tout recours ?+
Non. Elle est valable entre particuliers, mais sans effet si le vendeur connaissait le vice (article 1643 du Code civil). L'acheteur doit alors prouver cette connaissance.
Peut-on obtenir des dommages et intérêts d'un vendeur particulier ?+
Oui s'il connaissait le vice (article 1645 du Code civil). S'il l'ignorait, il ne doit que la restitution du prix et les frais de la vente (article 1646).
Quel est le délai pour agir ?+
Deux ans à compter de la découverte du vice (article 1648 du Code civil), dans la limite de vingt ans à compter de la vente. Une expertise ordonnée par le juge suspend ce délai.
Comment sécuriser l'achat d'une voiture de prestige à un particulier ?+
Inspection par un expert indépendant, déclarations écrites du vendeur sur l'historique, et séquestre du prix sur un compte CARPA jusqu'à la réalisation des conditions convenues.
Une opération à sécuriser ?
Fidens met en place le séquestre du prix sur un compte CARPA, sous la responsabilité d'un avocat.