Séquestre d'actifs numériques et de cryptomonnaies
Les cryptomonnaies, les jetons (tokens) et les actifs tokenisés bouleversent la façon de transférer de la valeur, mais ils n'effacent pas les risques d'une transaction de gré à gré : l'acheteur paiera-t-il, le vendeur livrera-t-il ? Dans les opérations traditionnelles, un tiers séquestre répond à cette défiance réciproque. La même logique peut s'appliquer aux actifs numériques, à condition d'en comprendre les spécificités. Cet article, à visée pédagogique, expose pourquoi un tiers de confiance est utile, quels sont les défis juridiques, ce que prévoient les cadres PSAN et MiCA, et surtout un point d'exactitude essentiel : le compte CARPA d'un avocat conserve des euros, pas des cryptoactifs.
Pourquoi recourir à un tiers séquestre pour des cryptoactifs ?
Une cession d'actifs numériques se noue le plus souvent de gré à gré (OTC), sans chambre de compensation ni intermédiaire garantissant la bonne fin. Chaque partie s'expose alors à l'inexécution de l'autre. Le tiers séquestre neutralise ce risque de contrepartie en s'interposant : il conserve la contrepartie financière et n'en organise la libération qu'une fois les conditions convenues réunies. Plusieurs particularités des cryptoactifs renforcent le besoin d'un tel intermédiaire :
- La volatilité : le cours d'un jeton peut varier fortement entre l'accord et le dénouement, d'où l'importance de figer un prix en euros et des délais courts ;
- La garde des clés privées : détenir un cryptoactif, c'est détenir la clé qui en commande le transfert, un enjeu de sécurité et de responsabilité à part entière ;
- L'irréversibilité : un transfert confirmé sur la blockchain ne peut pas être annulé, ce qui interdit tout paiement prématuré ou mal dirigé ;
- Le risque de contrepartie : sans tiers de confiance, celui qui exécute le premier — paiement ou livraison — supporte seul le risque que l'autre se dérobe.
Les défis juridiques propres aux actifs numériques
Les cryptoactifs sont juridiquement qualifiés de biens meubles incorporels, mais leur maniement soulève des difficultés que ne connaissent pas les fonds classiques. Prendre la garde effective d'un jeton suppose de contrôler une clé privée, opération technique et risquée. La traçabilité on-chain n'est pas l'identité : une adresse de portefeuille ne dit rien, à elle seule, de son titulaire réel. Enfin, la vérification de l'origine des fonds et l'identification des parties (LCB-FT) sont plus délicates que pour un virement bancaire. Ces contraintes expliquent qu'un séquestre d'actifs numériques se construise au cas par cas plutôt que sur un modèle unique. S'y ajoute une difficulté probatoire : établir la titularité d'un actif purement numérique et la réalité d'un transfert suppose une preuve technique, souvent étrangère aux réflexes du droit des contrats. Le tiers de confiance doit donc combiner rigueur juridique et compréhension des mécanismes de la blockchain.
PSAN et règlement MiCA : un cadre en construction
En France, les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) — notamment ceux qui assurent la conservation d'actifs numériques pour le compte de tiers — relèvent d'un régime d'enregistrement, voire d'agrément, sous le contrôle de l'AMF. À l'échelle européenne, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) harmonise progressivement le statut des prestataires de services sur crypto-actifs et les obligations attachées à la conservation. Retenons, à un niveau général, deux idées : la conservation de cryptoactifs pour autrui est une activité réglementée ; et un avocat séquestre n'a pas vocation à se substituer à un dépositaire agréé. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'intervention de l'avocat porte, en pratique, sur la contrepartie en euros.
Point d'exactitude : le compte CARPA conserve des euros, pas des jetons
C'est le point à retenir. Le compte CARPA sur lequel un avocat manie les fonds de ses clients est un compte bancaire en euros, contrôlé et cloisonné par dossier. Ce n'est pas un portefeuille crypto : il ne détient pas de clés privées et ne reçoit pas directement de jetons. Un avocat ne va donc pas, en règle générale, prendre la garde de vos bitcoins ou de vos NFT sur la CARPA. Ce qu'il séquestre, c'est le prix — la contre-valeur en euros — de l'opération, ou il coordonne un montage spécifique adapté aux actifs concernés. Cette distinction n'est pas un détail technique : elle détermine la nature exacte de la mission confiée à l'avocat.
Comment organiser concrètement le séquestre d'une opération crypto
En pratique, deux approches complémentaires se dégagent, à adapter à chaque dossier :
- Séquestrer le prix en euros : l'acheteur dépose la contre-valeur convenue sur le compte CARPA ; l'avocat ne la libère au vendeur qu'après confirmation, sur la blockchain, du transfert des jetons vers l'adresse vérifiée du bénéficiaire ;
- Coordonner un montage spécifique : lorsque ce sont les actifs eux-mêmes qui doivent être immobilisés, l'avocat organise et documente le dispositif — par exemple un portefeuille multi-signatures ou le recours à un dépositaire agréé — et rédige la convention qui en fixe les conditions de dénouement.
La logique rejoint celle du séquestre d'un actif de valeur : le tiers de confiance sécurise le versant financier de l'échange et conditionne la libération à la remise effective de l'actif. Le choix entre ces approches dépend de la nature des jetons, du montant et du niveau de sécurité recherché. Dans les deux cas, l'avocat n'agit qu'aux conditions de la convention et ne libère jamais les fonds de façon unilatérale.
La convention de séquestre adaptée aux cryptoactifs
Tout repose sur une convention de séquestre soignée, calibrée pour les spécificités de l'opération. Elle précise notamment :
- Les conditions de libération : confirmation du transfert on-chain (nombre de confirmations requis) et vérification de l'adresse du portefeuille destinataire ;
- La gestion de la volatilité : prix arrêté en euros, délais resserrés et sort d'un écart de cours éventuel ;
- Les vérifications LCB-FT : identité des parties et origine des fonds, contrôlées au titre de la lutte anti-blanchiment ;
- Le scénario d'échec : ce que devient la contrepartie si le transfert n'est pas confirmé dans le délai prévu.
Chaque opération étant différente, ces stipulations doivent être ajustées au cas d'espèce : la faisabilité et les modalités exactes dépendent des actifs, des acteurs et du montage retenu. Un examen préalable est indispensable.
Vous préparez une opération portant sur des cryptomonnaies ou des actifs numériques ? Fidens sécurise la contrepartie en euros sur un compte CARPA dédié et vous aide à structurer le séquestre de votre transaction, de la convention jusqu'à la libération des fonds.
Questions fréquentes
Un avocat peut-il conserver directement mes cryptomonnaies en séquestre ?+
En règle générale, non. Le compte CARPA d'un avocat est un compte en euros, pas un portefeuille crypto : il ne détient pas de clés privées. L'avocat séquestre plutôt le prix — la contre-valeur en euros — de l'opération, ou coordonne un montage spécifique (portefeuille multi-signatures, dépositaire agréé) dont la convention fixe les conditions.
Le séquestre d'actifs numériques est-il encadré par la réglementation (PSAN, MiCA) ?+
La conservation de cryptoactifs pour le compte de tiers est une activité réglementée, relevant en France du régime des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) sous le contrôle de l'AMF, et au niveau européen du règlement MiCA. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'avocat intervient sur la contrepartie en euros plutôt que sur la garde des jetons.
Comment gérer la volatilité pendant le séquestre ?+
En figeant un prix en euros dès l'accord et en resserrant les délais de dénouement. La convention de séquestre précise le prix arrêté, la durée du blocage et le sort d'un éventuel écart de cours, afin que la volatilité du marché n'expose aucune des parties.
Une opération à sécuriser ?
Fidens met en place le séquestre du prix sur un compte CARPA, sous la responsabilité d'un avocat.